Il est bien trop bien pour moi.

💎 Huit 💎

Mon cƓur s'est emballĂ© en entendant la voix de ma professeure au loin. Il y a deux entrĂ©es dans notre classe : celle de devant, oĂč tout le monde est face, et celle du fond. Évidemment, j'ai choisi la seconde, mais je me demande si je ne devrais pas attendre la fin du premier cours. C'est elle qui m'intimide le plus, avec ses paroles acerbes et ses regards noirs, mais aprĂšs tout, elle va se demander pourquoi je ne suis pas entrĂ©e.

Notre directrice nous a vus arriver et a appelĂ© Yedam dans son bureau. J'Ă©tais prĂȘt Ă  attendre, mais Yedam m'a dit de passer devant. J'espĂšre juste qu'il n'aura pas d'ennuis Ă  cause de moi.

Sachant cela, je ne voulais pas causer plus de problĂšmes Ă  Yedam que je n'en avais dĂ©jĂ  causĂ©s. J'ai rassemblĂ© mon courage et me suis approchĂ©e Ă  pas de loup de la porte ouverte. Je voulais entrer discrĂštement, mais bien sĂ»r, impossible ! La prof a interrompu son cours en hurlant : « Vous osez venir en cours ? Vous savez quelle heure il est ?! » Je me suis rongĂ© les joues en m'inclinant, les doigts jouant avec le bas de mon uniforme. On est arrivĂ©s au dĂ©but du premier cours
 enfin, au moins quinze minutes avant la fin.

« Je suis dĂ©solĂ©e, je
 » J’ai tentĂ© de m’expliquer, la regardant et Ă©vitant le regard de mes camarades qui me fixaient, mais elle m’a interrompue : « Pourquoi t’embĂȘtes-tu Ă  aller Ă  l’école, Oh Minju ? Tes notes ne s’amĂ©liorent pas, tu es toujours en retard, tu n’es membre d’aucun club important, et tes activitĂ©s extrascolaires ne sont pas exceptionnelles. As-tu seulement une raison d’aller Ă  l’école ? » J’ai fermĂ© la bouche et j’ai senti mes yeux piquer. MĂȘme si j’ai l’air de ne parler que de ça, je suis sĂ©rieuse avec mes Ă©tudes.

« Que cela serve de leçon à tous ! Voilà un exemple d'élÚve à ne pas suivre si vous ne voulez pas avoir un avenir sombre ! Ah ! Yedam ! » Son regard noir se transforma en sourire tandis qu'elle me dévisageait, et je me raidissai.

« Je suis ravi que tu aies pu venir ! Voilà un élÚve brillant ! Vous devriez tous suivre l'exemple de Yedam et le prendre pour modÚle. »

« Mais madame Yedam est en retard aussi ! » Mes yeux se sont tournĂ©s vers Yuna. Mais j'ai baissĂ© les yeux lorsqu'elle a tournĂ© la tĂȘte vers moi, car je sais que je vais fondre en larmes si nos regards se croisent.

« Yuna, mĂȘme s'il est absent, Yedam rattrape tout ce qu'il a manquĂ© et dĂ©passe mĂȘme les attentes, contrairement Ă  ton ami qui peine Ă  rĂ©ussir quoi que ce soit et a du mal Ă  suivre
 » J'ai le cƓur serrĂ©. Je n'arrive plus Ă  respirer. Je suis terriblement humiliĂ©e devant tout le monde et devant Yedam, comme si je ne voyais pas dĂ©jĂ  assez clairement nos diffĂ©rences.

J'ai cligné des yeux rapidement. Je sens mes yeux brûler. J'ai envie de pleurer, mais je ne peux pas ! Je ne peux pas m'humilier davantage.

Je me suis couverte la bouche et j'ai fait semblant de vomir. « Excusez-moi », ai-je murmurĂ© d'une voix rauque avant de me prĂ©cipiter aux toilettes oĂč je me suis enfermĂ©e dans une cabine pour laisser libre cours Ă  mes Ă©motions refoulĂ©es.

J'ai fermé le couvercle des toilettes et je me suis assise dessus, accroupie, les genoux serrés contre ma poitrine, en sanglotant. J'ai l'impression d'étouffer.

« Minju ! » Je fis une pause et fis de mon mieux pour ne pas laisser échapper un sanglot.

« Une seconde ! » J’ai simulĂ© un autre vomissement en essayant de me reprendre.

« Yah ! Une premiĂšre annĂ©e est sortie en hurlant qu'il y a un fantĂŽme qui pleure dans les toilettes, ouvrez ! » Ça ne servait Ă  rien de mentir Ă  Yuna, alors j'ai sanglotĂ©.

"Hé, ça va aller", dit-elle pour le rassurer.

« Je suis humiliée ! » ai-je sangloté.

«Nous ne sommes pas d'accord avec elle.»

« Oui ! » Je suis humiliée, mais elle ne mentait pas.

« Tu aurais dû rester pour entendre comment Yedam l'a rÎtie. » J'ai cessé de sangloter et j'ai reniflé.

"Quoi?"

«Ouvre la porte et je te le dirai.» J'ai serré les lÚvres et je lui ai dit de s'en aller.

Le silence s'installa, alors je pensai qu'elle était partie lorsqu'un pied passa par-dessus l'espace entre le cÎté de la cabine et le plafond.

« Quoi
 ouais ! » Je me suis rapidement levĂ© sur le cĂŽtĂ© quand elle s'est dĂ©placĂ©e ; l'idiote a dĂ» utiliser le lavabo de l'autre cĂŽtĂ© pour traverser.

« Tu es folle ! » lui ai-je crié alors que nous étions entassées dans une cabine.

« Et tu vas pleurer toute seule jusqu'à en mourir alors que je suis là ! » J'ai fait la moue et elle a ouvert les bras. J'ai pleuré et je l'ai serrée dans mes bras. Elle est la meilleure.

« Tu as fini ? » demanda-t-elle. J’ai hochĂ© la tĂȘte en essuyant mes larmes et en me laissant aller.

« On devrait y aller avant d'ĂȘtre en retard pour le prochain cours, sinon je vais encore subir une humiliation. Je crois que j'ai atteint le summum de l'humiliation pour toute l'annĂ©e. » J'ai soupirĂ©, ouvert la porte des toilettes et me suis prĂ©cipitĂ©e au lavabo pour me laver le visage.

« Ne dis à personne que j'ai pleuré », ai-je murmuré en m'essuyant le visage avec un mouchoir.

« Si tout le campus n'a pas encore entendu tes lamentations, peut-ĂȘtre
 » Je lui ai lancĂ© un regard vide dans le miroir, et elle a souri en faisant le signe de la paix.

"Yunaaaa"

« D’accord, je te le promets. » On s’est serrĂ© la main comme de meilleures amies et je lui ai souri.

« Comment je suis ?! »

« MouillĂ© ? » J’ai froncĂ© les sourcils et nous avons ri toutes les deux. Dieu merci pour les meilleures amies.

Nous sommes sortis aux toilettes en riant, mais nous nous sommes arrĂȘtĂ©s en voyant Yedam et Jaehyuk. « Oh, je suis vraiment dĂ©solĂ©e ! Je vous ai fait attendre ? J'avais oublié  » J'ai essayĂ© de retenir Yuna, mais elle a rapidement passĂ© son bras autour de celui de Jaehyuk, qui Ă©tait visiblement surpris.

« Quoi ? » Jaehyuk a l'air tellement confus tandis que Yuna l'entraßne au loin.

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Est-ce pour Yuna ? Ou pour Jaehyuk ? »

« Yuna ! » ai-je répondu aussitÎt en regardant Yedam. Il avait les mains dans les poches et me fixait. J'ai dû avoir l'air sur la défensive ! Pfff ! Je me suis raclé la gorge et suis retournée dans la chambre.

« Excusez-moi de vous avoir causé des ennuis. Le directeur vous a-t-il grondé pour votre retard ? » Je lui jetai un regard en coin tandis que je le sentais marcher à cÎté de moi.

« Je n'ai pas été réprimandé. On m'a appelé pour récupérer les formulaires de décharge. »

« Des dérogations ? »

"Pour la sortie scolaire."

« Oh
 » Nous Ă©tions presque arrivĂ©s en classe quand je me suis arrĂȘtĂ©e. Je ne pense pas pouvoir affronter mes camarades aprĂšs ça.

J'ai senti une main sur la mienne et j'ai suivi le mouvement jusqu'Ă  son propriĂ©taire. Mais mon cƓur, avant mĂȘme que je puisse lever les yeux, savait dĂ©jĂ  Ă  qui appartenait cette main.

« Allez, viens », dit-il en souriant et en me tirant la main vers notre salle de classe. Je n'ai pas vraiment eu le temps de rĂ©agir. À notre retour, j'ai Ă©tĂ© assaillie par mes camarades de classe.

« Minju ! Ça va ? »

«Ne tenez pas compte de ses paroles.»

« Ouais, Yedam l'a bien fait taire. » Je me suis tournée vers Yedam, surprise. « Tu as fait ça ? » Donc Yuna ne disait pas ça par hasard. Alors j'ouvre la porte.

« Je me suis battu pour ce en quoi je croyais », dit-il en me regardant. « Les enseignants devraient encourager et aider les élÚves en difficulté, au lieu de les insulter et de les décourager. De plus, chacun apprend à son rythme. » Il sourit. Je restai figée devant son sourire sincÚre, puis mes camarades se mirent à parler tour à tour de leurs propres problÚmes. J'avais envie de pleurer, mais je souris, car j'étais entourée de bonnes personnes.