Mes pieds glissent sur les feuilles d'automne humides au dĂ©tour du chemin, l'air froid du soir me fouettant la gorge et les poumons tandis que j'inspire plus profondĂ©ment, plus vite. Ă chaque pas, une douleur lancinante me transperce la cheville jusqu'au genou, puis de nouveau la cheville jusqu'au genou. Peut-ĂȘtre que sauter ce mur pour prendre l'escalier n'Ă©tait pas une si bonne idĂ©e. Mon cĆur bat la chamade, c'est tout ou rien. Si j'Ă©choue, c'est tout mon corps qui en paiera le prix ; si je cours, les dĂ©gĂąts se limiteront surtout Ă mes tibias et Ă mes genoux. Je connais ce quartier mieux qu'eux, ces porcs ne sont que de beaux garçons en uniforme, dĂ©barquĂ©s des beaux quartiers.
Alors que j'allais tourner au coin d'une ruelle étroite, un des garçons cachés derriÚre un mur m'a bousculée. Tombant lourdement sur le cÎté gauche, j'ai gémi et fusillé du regard Taeshin, qui me regardait avec un sourire narquois, les mains dans les poches. « Moins forte maintenant, hein ? » a-t-il ricané, toujours avec ce sourire en coin.
Je me suis redressé lentement en m'appuyant sur ma main droite, contre le mur, tout en époussetant mon pantalon. Levant les yeux vers vous, j'ai lancé un petit rire amer : « Tu te souviens quand je t'ai demandé ton avis ? Moi non plus. Et celui qui t'a dit de me sous-estimer donne clairement de mauvais conseils. »
Il me tenait l'Ă©paule gauche et la balança un instant avant que je ne poursuive : « Ce n'est pas si simple de ne pas ĂȘtre une ordure. Tu devrais essayer. » Sur ces mots, son sourire narquois disparut. La fureur et la haine brĂ»laient dans ses yeux tandis qu'il marmonnait des paroles dĂ©sagrĂ©ables.
Il tenta de me frapper au visage avec sa main droite. Je reculai d'un pas, esquivant son coup avant de lui saisir le bras et de le projeter au sol. Il atterrit sur le dos en gémissant : « Je t'avais dit de ne pas me sous-estimer, non ? » J'appuyai sur son bras blessé, accentuant la pression tout en parlant, voulant qu'il comprenne bien le message.
« Je te donne une derniÚre chance. Si tu t'en prends encore à Junkyu, tu t'en prends à moi, compris ? » Je le fusillai du regard. Avant de lui donner un coup de pied dans le tibia, ce qui lui arracha un nouveau gémissement. « Maintenant, je suis en retard pour le dßner à cause de toi et de tes amis ! » dis-je rapidement avant de me retourner et de m'éloigner d'un pas vif. Puis, me retournant, je dis : « La prochaine fois que tu veux m'affronter, trouve-toi un autre ami plus rapide. Regarde-les maintenant. Je t'ai mis une raclée, et ils ne sont toujours pas là . »
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En courant sur le trottoir, j'ai levĂ© mon tĂ©lĂ©phone pour regarder l'heure : 12 h ! Appel manquĂ© de Junkyu ?! Je n'ai pas rappelĂ©, de peur de me faire gronder pour ĂȘtre en retard pour notre dĂźner. J'ai accĂ©lĂ©rĂ© le pas et j'ai aperçu le magasin. LĂ , j'ai vu Junkyu, l'air boudeur, qui regardait autour de lui.
Ma course se transforme alors en jogging léger. Je souris largement et l'appelle, un tourbillon de joie m'envahissant. Revoir Junkyu aprÚs une longue journée épuisante, ça remonte le moral.
Junkyu tourna la tĂȘte vers moi, puis sourit et me fit un signe de la main en sautant. Juste aprĂšs, alors que j'allais l'atteindre, son sourire s'effaça. Il cessa de sauter et me lança un regard noir. On aurait dit qu'il allait exploser de colĂšre. Et j'avais raison. Ă douze pas de lui, il passa aussitĂŽt Ă l'action.
« HĂ© ! Pourquoi es-tu en retard ?! On n'avait pas convenu de se retrouver Ă 22h30 ? Regarde ! Il est 23h20 ! Quoi⊠HĂ© ! OĂč vas-tu ?! » Je me suis prĂ©cipitĂ©e dans le magasin pour Ă©viter ses reproches.
Une fois arrivĂ©e au rayon des ramyeon, j'ai choisi mes ramyeon prĂ©fĂ©rĂ©s. Au moment oĂč je me suis retournĂ©e pour prendre un soda, j'ai heurtĂ© Junkyu par inadvertance. Il m'a alors donnĂ© une pichenette sur le front, ce qui m'a fait grimacer et presser ma paume contre mon front, espĂ©rant que la douleur disparaisse. « Hé ! Je te parlais⊠HĂ ! QU'EST-CE QUI EST ARRIVĂ Ă TA MAIN ?! » Son froncement de sourcils s'est transformĂ© en un froncement de sourcils inquiet tandis qu'il tenait ma main gauche.
Droite.
« Oh, j'ai croisĂ© Taeshin et ses amis en venant. Je lui ai juste donnĂ© une bonne leçon, rien de grave. » J'ai tentĂ© de retirer ma main, mais Junkyu a Ă©tĂ© plus rapide. Il m'a entraĂźnĂ© vers le rayon des premiers secours, a pris des bandages, puis m'a de nouveau tirĂ© vers lui pour payer. Ensuite, il m'a poussĂ© Ă m'asseoir sur le tabouret le plus proche, prĂšs de la fenĂȘtre.
« J'ai dit que ce n'était rien⊠» « Reste tranquille. » Junkyu m'interrompit avant de défaire le bandage et de prendre ma main pour l'enrouler. Je le regardai quelques secondes. Son adorable visage concentré me fit sourire doucement.
Il me regarda par-dessus sa fine frange, l'air déconcerté. « Quoi ? » demanda-t-il en fronçant légÚrement les sourcils. « Rien, quoi ? Je n'ai pas le droit d'admirer le visage de mon adorable petit ami ? » rétorquai-je avec un sourire sarcastique. Il me donna une autre pichenette sur le front.
« Hé ! C'était quoi ça ?! » m'exclamai-je. Avais-je dit quelque chose de déplacé à propos de son visage ? « Je t'avais dit de t'enfuir si jamais tu les croisais dans la rue », répondit Junkyu, toujours aussi renfrogné. « Je me suis enfuie, mais Taeshin m'a attrapée. Je n'ai pas eu le choix, j'ai dû intervenir, et ce n'est pas comme si je ne savais pas me battre », dis-je en lui tirant la langue.
Il soupira, ne souhaitant pas parler. Il continua de me bander la main. Quelques instants plus tard, je commençai à me sentir coupable de l'avoir inquiété.
« Désolée », dis-je doucement en baissant les yeux, évitant son regard. Il termina d'emballer le paquet avant de me demander pourquoi je m'excusais. « De t'avoir inquiété », répondis-je, toujours sans le regarder.
« HĂ©, ce n'est pas Ă toi de t'excuser », dit-il en relevant mon visage de sa main gauche. Il poursuivit : « C'est moi qui devrais m'excuser. » « Pourquoi ? » « Parce que tu m'as sauvĂ© », dit-il en me regardant droit dans les yeux. « Tu m'as sauvĂ© quand j'avais besoin d'aide. Tu m'as sauvĂ© quand j'Ă©tais en difficultĂ©. Tu m'as sauvĂ© quand j'Ă©tais dĂ©primĂ©. Tu m'as sauvĂ© pour que je puisse ĂȘtre heureux. Tu m'as sauvĂ© quand⊠»je« Câest elle qui devrait te sauver. » Ă ces mots, il baissa les yeux sur nos mains entrelacĂ©es.
« Mais devine quoi ? » Je lui souris doucement et lui relevai le visage de ma main libre. « Toi aussi, tu m'as sauvĂ©e. » Je poursuivis : « Ta seule prĂ©sence m'apporte un tel rĂ©confort. Je n'ai besoin de rien d'autre pour ĂȘtre heureuse. Avec toi, je me sens bien. Je sais que je peux tout te dire. Ou rester assise Ă tes cĂŽtĂ©s dans un silence complet. Tu m'as vue dans mes pires moments, mais tu n'as parlĂ© que de mes meilleurs. Je peux ĂȘtre fiĂšre de mes plus grandes rĂ©ussites, mĂȘme si tu connais mes plus profondes insĂ©curitĂ©s. Et la durĂ©e de notre relation m'importe peu. Ce qui compte, c'est le lien qui nous unit. Notre lien est si fort que personne ne peut le dĂ©truire. Y penser me donne dĂ©jĂ la force de me battre et de vivre ma vie. » Je ris : « Et ce n'est qu'un petit aperçu. Je pourrais Ă©crire des milliers de livres et de prĂ©sentations PowerPoint sur le bonheur que ta seule prĂ©sence me procure. » Je souris de nouveau, prenant ses deux mains dans les miennes et les balançant lĂ©gĂšrement.
Junkyu me regarda, les yeux embuĂ©s de larmes. Je continuai Ă le remercier : « Merci de t'inquiĂ©ter pour moi quand personne d'autre ne le fait. Merci d'ĂȘtre Ă mes cĂŽtĂ©s et de me rassurer. Merci de m'aimer. Merci d'ĂȘtre dans ma vie, Junkyu. Aucun mot ne peut exprimer ma gratitude et mon bonheur Ă tes cĂŽtĂ©s. » Ă mon tour, les larmes me montĂšrent aux yeux.Je ne peux pas imaginer ma vie sans Junkyu.
Un moment de silence.
« Comment notre dßner en amoureux s'est-il transformé en rendez-vous sentimental ? » demanda Junkyu en riant, suivi de moi. « Eh ! Fallait-il vraiment gùcher l'instant ? Allez, viens. J'ai faim. » Sur ces mots, j'entraßnai Junkyu dans le magasin pour acheter nos ramen et nous régaler.
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