[La mer de la solitude]

Paradis

claquer-


Cette course exténuante, qui a débuté au son des coups de feu qui m'ont constamment perturbé, loin de favoriser la concentration, s'est soldée par un résultat décevant qui m'a laissé un goût amer. Du début à la fin, ce fut une épreuve expéditive, sans le moindre intérêt.


42,195, un record loin d'être satisfaisant pour moi qui m'entraîne sans relâche. Ce n'est pas assez pour moi qui contribue à la réalisation des rêves d'autrui. Ce n'est même plus un rêve, juste un record de plus, accessible à tous. Malgré la déception qui m'envahit toujours, je suis prêt à recommencer, espérant que la prochaine fois sera moins douloureuse, que je surmonterai cette déception. Mais peut-être, pour mon rêve, ce record suffit-il à me rendre heureux.


« J'ai suffisamment bien joué jusqu'à ce point. »

« Les résultats sont bons, alors faisons une pause maintenant. »


On me disait : « Arrêtons-nous là. Nous en avons assez fait. Reposons-nous. » On feignait de s'inquiéter pour moi, qui n'étais plus digne, et on me conseillait un repos sans fin, sans perspective de retour. Peut-être, peut-être, n'était-ce pas un masque. Mais peu importait. Tout le monde le savait déjà. Même moi, je le savais déjà. Je ne pouvais pas aller mieux. Je voulais juste croire que c'était la limite, que je voulais affronter le bonheur qui m'attendait déjà, et non l'effort qui m'empêchait d'en connaître la fin. Mais ce n'était pas la vraie limite.


Pendant que je courais, une multitude de pensées s'entrechoquaient dans ma tête. Malgré ce tumulte, je ne parvenais plus à distinguer le vrai du faux. J'avais oublié mon rêve, ce vers quoi je courais, pourquoi je courais. J'aurais voulu savoir pourquoi je courais. J'espérais une réponse, même une chose aussi évidente que cela, même si elle était fausse : pour mes parents. Mais je l'ignorais. Je continuais d'avancer, toujours plus loin, sur un chemin sans fin, jusqu'à me retrouver face à un vide immense.


Il est permis de s'arrêter. Inutile de courir sans raison, n'est-ce pas ? Que ce soit pour se détendre, ou pour se donner à fond afin de réaliser ses rêves, il est normal de faire une pause et de repartir si les choses se compliquent. Quel que soit mon rêve, quoi que chacun puisse faire, tant que je suis heureux, peu importe la nature de mon rêve. Car un rêve n'est qu'un petit objectif, insignifiant en apparence. Comme un paradis paisible où rien ne me dérange, ni personne d'autre. Chaque respiration que j'expire en poursuivant mon rêve est déjà un moment de paradis.


Tout le monde dit qu'il faut être célèbre, qu'il faut briller, qu'il faut être la personne incontournable, celle que tout le monde admire. On le dit comme si réaliser un rêve était un jeu d'enfant. Mais qu'est-ce qu'un rêve ? Rêver au lit, c'est rêver, rêver de façonner son avenir, c'est aussi rêver. Si tout vous semble insatisfaisant, si cela ne vous convient pas, abandonnez et soyez qui vous voulez. Ayez la volonté de changer et ne dictez pas aux autres leurs rêves.


Mais le monde, hélas, ne me permet d'entrevoir le bonheur que lorsque j'ai atteint mes limites, lorsque je ne peux plus avancer, même après avoir couru sans relâche. Il est conçu pour me faire abandonner avant même que je ne rencontre le bonheur. Ainsi, seuls ceux qui croient en leurs rêves et qui s'y abandonnent peuvent les réaliser. Je vis ainsi, je survis, c'est mon petit rêve, mais parfois, rêver, s'accrocher à ses rêves, respirer en rêvant est difficile. Si même rêver est difficile, comment puis-je vivre dans ce monde ? Peu importe ce que disent les autres, même si tout le monde dit que c'est mal, même s'ils me disent de faire ceci ou cela, je dois prendre la décision. Quoi qu'on dise, c'est mon précieux rêve.


Je mets enfin un terme à cette course folle, que j'ai baptisée ma dernière course avant la retraite. Pourquoi ai-je enfin compris que le bonheur ne se mesure pas à mes records, mais aux bonnes actions que je me fais ? Pourquoi ai-je mis si longtemps à définir le mot « bonheur » ? Pourquoi est-ce que je le comprends seulement maintenant, et que cela me rend triste ? Ce qui me définit, ce qui me rend heureuse, ce n'est ni cette course sans fin et sans progression, ni les records qu'elle engendre, mais mes rêves, toujours à mes côtés, comme un pinceau peignant mon avenir incertain, et mon espoir, la force motrice de ces rêves. Même si je pense qu'il est trop tard, il me reste encore du temps pour trouver le bonheur et rêver à nouveau.


Tout le bonheur qui me donne vie et façonne mon avenir incertain se trouve au paradis.